Lors de la 3e Journée de la DAC, le manque d’essais cliniques de vie réelle, de suivis longs ou d’essais contrôlés sur des formes graves ou complexes a été mis en avant. Ce constat est aussi fait par 4 auteurs américains dans un article qui vient de paraitre dans Frontiers in Veterinary Science (1).
Un chien atopique sans infection, sans comorbidité et parfaitement observant… Vous en voyez beaucoup, vous ? C'est pourtant sur ce type de patient, soigneusement sélectionné, que reposent une grande partie des essais cliniques ayant permis l'enregistrement des traitements de la dermatite atopique canine (DAC).
Des essais impeccables… sur des chiens presque idéaux !
Pour démontrer l'efficacité d'un médicament, il faut éliminer les facteurs de confusion. Les essais sont donc faits sur des chiens sans infections bactérienne ou fongique (Malassezia) et avec des période wash out parfois interminables (pas de JAKi depuis plus de 6 mois, pas d’ITA depuis un an, pas de dermocorticoïde depuis 1 mois…). On mesure le prurit et les lésions, et on regarde ce qui se passe à J28.
Or, dans la vraie vie, le chien atopique qui nous donne du fil à retordre, c'est celui qui cumule les poussées inflammatoires, les otites, les pyodermites, les rechutes et les traitements successifs. Et c'est précisément celui que les protocoles les plus stricts écartent.
Les essais d'enregistrement ont consacré J28 comme un rendez-vous incontournable de l'évaluation thérapeutique. C’est à la fois court pour, pour ne pas dire subliminal pour des traitements pérennes, et long pour des traitements de poussée. Les auteurs proposent donc d'adapter les délais d'évaluation : J14 ou J28 pour les traitements symptomatiques donc courts et J56 ou J84 pour les formes sévères ou réfractaires. C’est déjà ça, mais pour les formes graves, qui nécessitent des traitements systémiques longs, des essais de 6 mois-1 an seraient plus judicieux.
Un chien qui ne se gratte plus est-il un chien dont la DA est contrôlée ?
Nous avons pris l'habitude de mesurer l'efficacité avec deux outils : le PVAS pour le prurit et le CADESI pour les lésions, voir un score mixte intégrant la satisfaction du propriétaire. C’est indispensable mais pas suffisant, notamment pour les traitements de fond.
Que faisons-nous des rechutes, des infections secondaires, des traitements des poussées, de la consommation médicamenteuse, du temps consacré aux soins et de la qualité de vie ? Même si la rigueur des essais d'enregistrement est indispensable, ils ne concernent qu’une toute petite partie du traitement de la DAC, celle des poussées et ne s’applique qu’à des phénotypes très particuliers de la maladie.
La dernière mouture des recommandations de l’ICADA sur la DAC met en avant la distinction entre un traitement réactif (celui des poussées) et un traitement proactif (de fond) (2). Ces recommandations ont le mérite de faire enfin de ce dernier un objectif majeur. Toutefois, la solidité des preuves permettant de choisir, comparer et poursuivre les différentes stratégies sur plusieurs années reste inégale. Les auteurs reconnaissent d’ailleurs certaines limites des essais cliniques, mais ne les analysent pas systématiquement sous l'angle de la durée du traitement.
Nous avons les outils à nous de travailler sur les différents phénotypes de la maladie pour proposer des traitements longs adaptables et efficaces.
Références
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