La place du microbiote digestif dans la pathogénie de la dermatite atopique canine (DAC) reste largement hypothétique. À ce jour, peu de données sont venues étayer l'existence d'un dysfonctionnement intestinal cliniquement pertinent, et encore moins l'intérêt thérapeutique d'interventions visant à le corriger.
Une étude qui paraîtra prochainement dans Veterinary Dermatology apporte toutefois un premier niveau de preuve. Il s'agit d'un essai randomisé, en double aveugle contre placebo, évaluant l'intérêt de la transplantation de microbiote fécal (TMF) chez des chiens atteints de DAC.
Les auteurs fondent leur démarche sur plusieurs observations déjà rapportées dans la littérature : une dysbiose intestinale chez certains chiens atopiques, une diminution de la diversité bactérienne et le rôle potentiel de métabolites microbiens tels que les acides gras à chaîne courte (SCFA) ou le tryptophane dans la régulation de la réponse immunitaire.
Parmi les 46 chiens initialement inclus, 40 ont mené l'étude à son terme (20 TMF et 20 placebo). Le protocole associait une administration quotidienne de capsules pendant trois mois et une transplantation rectale mensuelle (J0, J30 et J60). Tous les traitements de fond étaient maintenus : inhibiteurs de JAK, anticorps anti-IL-31, immunothérapie allergénique, corticoïdes, etc.
Les résultats ne sont pas spectaculaires, mais demeurent encourageants. Ils mettent surtout en évidence une importante variabilité individuelle, parfaitement illustrée par les courbes d'évolution des scores lésionnels, du prurit et de la consommation médicamenteuse.
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Aucun effet significatif n'est observé sur le prurit. En revanche, le CADESI est significativement amélioré à M2 (TMF : 7 ± 6 ; placebo : 16 ± 12) puis à M3 (TMF : 8 ± 6 ; placebo : 15 ± 12). L'élément le plus intéressant, car probablement le plus proche de la réalité clinique quotidienne, concerne la réduction de la consommation médicamenteuse, significative à M2 (16 versus 23) puis à M3 (13 versus 24).
La dissociation entre amélioration des lésions et absence d'effet démontré sur le prurit pourrait être liée, au moins en partie, aux nombreux traitements concomitants autorisés pendant l'étude.
De là à faire entrer définitivement la DAC dans le grand courant du gut-skin axis, il n'y a qu'un pas. Cette publication ouvre en tout cas des perspectives nouvelles autour des probiotiques, postbiotiques, acides gras à chaîne courte ou encore du métabolisme du tryptophane.
Il convient néanmoins de garder à l'esprit plusieurs limites importantes :
- le microbiote des chiens inclus n'a pas été analysé avant ni après traitement ;
- tous les animaux recevaient déjà des traitements de longue durée, souvent immunomodulateurs ;
- les améliorations observées restent modestes ;
- l'effet est transitoire, avec une durée médiane estimée à environ 5 mois (± 3,8 mois) chez les répondeurs ;
- aucun chien n'a atteint une rémission complète malgré un protocole particulièrement intensif.
Cette étude constitue néanmoins la première évaluation contrôlée de la transplantation de microbiote fécal dans la DAC. À ce titre, elle marque une étape importante dans un domaine jusqu'ici caractérisé par la faiblesse des preuves cliniques disponibles.
Le chemin reste toutefois long avant d'envisager une utilisation courante de cette approche. Il faudra notamment identifier, probablement à l'aide de biomarqueurs biologiques ou microbiologiques, les patients les plus susceptibles d'en bénéficier. Par ailleurs, en médecine vétérinaire, les attentes sont particulièrement élevées en matière de rapidité d'action et de contrôle du prurit. Dans ce contexte, les traitements conventionnels conservent pour l'instant un avantage considérable et ont probablement encore de belles années devant eux.
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