Une revue très complète récente (1) propose une vision intégrée du prurit chronique, depuis les anomalies lipidiques de la barrière cutanée jusqu'aux modifications des circuits nerveux cérébraux. Elle montre comment les cytokines prurigènes (IL-31, TSLP, IL-33), les médiateurs lipidiques et les neurones sensitifs interagissent pour entretenir le prurit.
Mais son apport le plus intéressant concerne la sensibilisation centrale : dans plusieurs modèles expérimentaux murins, une stimulation prurigineuse persistante entraîne des modifications des circuits médullaires. Activation de la microglie (NLRP3–IL-1β), des astrocytes (STAT3–LCN2), renforcement des synapses excitatrices (NPTX2–AMPA) et activation des circuits GRP–GRPR concourent à amplifier les messages prurigineux. Le système nerveux ne se contente plus de transmettre le prurit : il pourrait apprendre à l'amplifier.
Ces études, essentiellement basées sur des modèles murins, sont difficilement transposables au chien. Les voies nerveuses du prurit ont déjà fait l'objet de plusieurs travaux chez le chien. Des études ont notamment montré que plusieurs neuropeptides impliqués dans la transmission du prurit et l'IL-31 activent directement les neurones sensitifs canins dans les ganglions rachidiens et les terminaisons nerveuses de la corne dorsale(2, 3).
Par contre, nous manquons d'études démontrant que le prurit chronique de la DAC entraîne une véritable sensibilisation centrale, avec modification durable de l'excitabilité des circuits médullaires, activation gliale ou altération des mécanismes inhibiteurs. Pourtant, certaines situations cliniques interpellent : chiens qui continuent à se gratter malgré une nette amélioration des lésions, prurit disproportionné par rapport à l'inflammation visible, réactions exagérées à des stimulations mécaniques banales. Ces observations pourraient évoquer une hypersensibilité neuronale, voire une alloknésie.
Nous disposons aujourd'hui de traitements très efficaces contre les médiateurs périphériques du prurit atopique avec les inhibiteurs de JAK et les anticorps anti-IL-31. Toutefois, lorsqu'une hypersensibilité neuronale persiste malgré le contrôle de l'inflammation, les outils thérapeutiques sont limités. La gabapentine est peut-être une des solutions à intégrer dans un schéma multimodal classique. En se liant à la sous-unité α2δ des canaux calciques voltage-dépendants, elle module la neurotransmission excitatrice et pourrait ainsi réduire l'amplification des signaux prurigineux.
On est très loin des innombrables voies d'avenir exploitées en médecine humaine
/image%2F0916075%2F20261022%2Fob_a26a87_mco270497-fig-0008-m.jpg)
1. Guo X, Liu H, Song Y-J, Wang J-H-H, Liu D, Zheng Z-W, et al. Neuro-Immune Crosstalk: Molecular Mechanisms, Biological Functions, Diseases, and Therapeutic Targets. MedComm. 2026;7(2):e70497.
2. Wheeler JJ, Lascelles BD, Olivry T, Mishra SK. Itch-associated Neuropeptides and Their Receptor Expression in Dog Dorsal Root Ganglia and Spinal Cord. Acta Derm Venereol. 2019.
3. Rossbach K, Baumer W. PCR detects bands consistent with the expression of receptors associated with pruritus in canine dorsal root ganglia. Vet Dermatol. 2013.
/image%2F0916075%2F20260809%2Fob_6b5cf6_chatgpt-image-9-aou-t-2026-14-22-49.png)